Anti-manuel du faire commun

Ce manuel en ligne est le fruit d’apprentissages dans la pratique. Il s’appuie sur une quinzaine d’expériences d’accompagnement de gouvernances partagées dans des géographies très différentes (Afrique de l’Ouest et Centrale, Madagascar, Asie du Sud Est, Haïti), autour d’objets de commun de natures diverses (ressources en eau souterraines ou de surface, bassins-versants, aires protégées, services d’eau potable ou de gestion des déchets, aménagements urbains, etc.). Ces expériences ont été conduites par les équipes internationales du Gret et leurs partenaires (pouvoirs publics, collectifs ou associations d’usagers et citoyens, universités ou instituts de recherche, etc.) et documentées au fil de l’eau.  

Durant les six dernières années, le programme Communs & Gouvernances partagées, co-financé par l’AFD dans le cadre d’une convention-programme,  a ouvert le champ des possibles pour expérimenter mais aussi tirer des enseignements, capitaliser sur ces expériences. 

L’anti-manuel prend appui sur les temps forts de cet apprentissage collectif, à travers de nombreux ateliers et exercices collectifs de productions (Carnets « Faire commun », Débat et controverses, etc.). Il s’appuie également sur les contributions du Cirad, partenaire du programme, ainsi que sur les échanges avec la Coop des Communs, le département de la recherche de l’AFD, le Lereps, Remix the Commons et de nombreuses autres organisations ayant cheminé avec nous sur le sujet des communs et de l’approche par les communs. Nous tenons à remercier en particulier Sigrid Aubert, Catherine Baron, Anthony Brault, Etienne Delay, Nicole Alix, Frédéric Sultan, Geneviève Fontaine et Stéphanie Leyronas.  Nos remerciements vont également aux personnes engagées pour des gouvernances partagées de l’eau, qui se sont investies lors des rencontres « Faire commun » sur l’eau organisées par le Gret, la Fondation de France et Remix the Commons en 2024. 

Enfin, cette proposition d’approche par les communs n’est possible que par l’engagement et la contribution  des porteurs de communs appuyés par le programme, notamment : les membres des Plateformes Locales de l’Eau de la zone de Niayes, de la Fédération des Associations des Usagers des Réseaux d’Eau Potable du Gorom Lampsar, de la plateforme PCADDISM et de la plateforme Raisaha à Madagascar, des associations d’exploitants et de leur faitière – la CAPAK – en République Démocratique du Congo, des comités de gestion des zones humides de Luang Prabang, des associations de marchandes des marchés de Port au Prince (UMAC, AMMALALUE), de l’association BNDA (Bamboo & NTFP Development Association)à au Laos, ainsi qu’aux nombreux autres commoners et  partenaires associatifs, publics et universitaires dans les territoires d’intervention du programme. 

Nos remerciements vont enfin à Esther James et Michael Wassmer pour le maquettage et le développement de cet anti-manuel en ligne, ainsi qu’à Olivier  Jablonski et Coline   Laurent pour leur appui. 

Le prolongement d’une  réflexion critique au sein du Gret…

Cette contribution sur l’approche par les communs s’inscrit dans la continuité de réflexions critiques que mène le Gret depuis sa création sur les modalités d’intervention des acteurs de la solidarité internationale.

L’approche par les communs prolonge  ces questionnements, par exemple  sur l’ancrage territorial des interventions de solidarité internationale, sur l’importance de la participation citoyenne, sur la dimension politique de nos actions, le rôle et la posture des acteurs de développement vis-à-vis des personnes ciblées par un projet, ou encore sur l’outil « projet » lui-même.

 L’approche par les communs est avant tout  une proposition. Elle n’a de sens que  si elle est souhaitée et portée par celles et ceux qui la pratiquent. Elle n’a à ce titre pas vocation à devenir une approche imposée aux professionnels de l’aide au développement, et encore moins aux personnes et institutions appuyées dans le cadre de des actions de solidarité internationale.

L’adoption d’une approche par les communs dans le cadre des projets requiert que les membres d’une même équipe partagent l’intention politique, et acquièrent des références et de l’expérience. Elle suppose une cohérence de discours entre les équipes internes (entre Direction, Représentations, chefs de projet, animateurs… mais aussi chargés de gestion et de comptabilité que l’approche par les communs poussera aussi au pas de côté dans l’utilisation des outils) et vis-à-vis des interlocuteurs institutionnels en France et au sein des pays d’intervention.

Au Gret, les questionnements sur l’approche par les communs comme modalité d’intervention en ont engendré  d’autres  sur les modalités  de collaborations au sein de l’association, ainsi que sur l’éventualité d’appréhender les personnes des équipes en appui aux dynamiques de commun comme des commoners, elles-mêmes.

Dans le schéma ci-dessus, les personnes de l’équipe projet du Gret sont représentées comme des commoners du Gret. Ceci pour signifier qu’elles partagent la philosophie des dynamiques de communs, et peuvent ainsi échanger de pair à pair avec les commoners. Les équipes peuvent aussi être motrices dans l’adoption par les acteurs du commun de démarches qui contribuent au commun sans nécessairement relever explicitement de l’approche par les communs. Cette réflexion nécessite d’être mûrie et approfondie.